Trois méthodes pour valoriser une entreprise non cotée

7 juillet 20267 min de lecture

Valoriser une entreprise non cotée est une étape essentielle pour diverses opérations financières, comme une levée de fonds, une cession, ou l'entrée de nouveaux actionnaires. Contrairement aux…

Valoriser une entreprise non cotée est une étape essentielle pour diverses opérations financières, comme une levée de fonds, une cession, ou l'entrée de nouveaux actionnaires. Contrairement aux entreprises cotées en bourse, dont la valeur est quotidiennement fixée par le marché, les entreprises non cotées nécessitent une approche plus élaborée pour estimer leur juste valeur économique. Cette valorisation est une science autant qu'un art, impliquant des analyses rigoureuses et des estimations fondées sur des hypothèses.

Il existe plusieurs méthodes pour aborder cette problématique, chacune ayant ses spécificités, ses avantages et ses limites. Le choix de la méthode dépendra de la nature de l'entreprise, de son secteur d'activité, de son stade de développement et du contexte de l'opération. Nous vous présentons ici trois approches couramment utilisées dans le cadre de l'investissement dans des PME.

La méthode des multiples boursiers (ou des comparables)

Cette approche consiste à estimer la valeur d'une entreprise en la comparant à des entreprises similaires, dont la valeur est connue (car elles sont cotées en bourse ou ont fait l'objet de transactions récentes). On utilise pour cela des ratios financiers, appelés "multiples". Les plus courants sont le multiple de chiffre d'affaires, le multiple d'EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization) ou le multiple de résultat net.

Pour appliquer cette méthode, vous devez identifier un panel d'entreprises comparables (même secteur, taille similaire, modèle économique proche). Ensuite, vous calculez leur multiple moyen ou médian pour le ratio choisi. Ce multiple est ensuite appliqué aux données financières correspondantes de l'entreprise à valoriser. Par exemple, si le multiple d'EBITDA d'entreprises comparables est de 5x et que l'EBITDA de l'entreprise à valoriser est de 2 millions d'euros, sa valeur pourrait être estimée à 10 millions d'euros.

  • Avantages : Méthode intuitive et rapide, basée sur des données de marché réelles. Elle est souvent utilisée pour les entreprises matures et rentables, ou celles qui ont une visibilité sur leurs revenus. Ne nécessite pas d'établir des prévisions complexes sur le long terme.
  • Limites : Trouver des entreprises réellement comparables peut être difficile, surtout pour des PME ou des entreprises innovantes. Les multiples peuvent varier fortement en fonction du cycle économique, de la taille de l'entreprise, de sa stratégie ou de sa situation géographique. Elle ne permet pas de capturer la spécificité des plans de croissance et des risques inhérents à chaque entreprise.

La méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF - Discounted Cash Flow)

La méthode DCF est l'une des techniques de valorisation les plus complètes et théoriquement les plus justes. Elle repose sur le principe qu'une entreprise vaut la somme de tous les flux de trésorerie futurs qu'elle est susceptible de générer, actualisés à leur valeur présente. En d'autres termes, elle anticipe la capacité de l'entreprise à créer de la valeur pour ses actionnaires dans le futur.

Pour l'appliquer, vous devez projeter les flux de trésorerie disponibles pour l'entreprise (Free Cash Flow to Firm) sur une période donnée (généralement 5 à 10 ans), puis estimer une valeur terminale pour les flux au-delà de cette période. Ces flux sont ensuite actualisés à l'aide d'un taux d'actualisation qui représente le coût moyen pondéré du capital de l'entreprise (WACC - Weighted Average Cost of Capital), reflétant le risque de l'investissement. La somme de tous ces flux actualisés donne la valeur de l'entreprise. En cas d'investissement en obligations, une lecture attentive de la rentabilité de l'entreprise est essentielle pour s'assurer de sa capacité à rembourser la dette.

  • Avantages : Méthode rigoureuse qui intègre la stratégie et les prévisions de l'entreprise. Elle est adaptée aux entreprises en forte croissance ou avec des perspectives claires. Elle est sensible aux hypothèses clés, ce qui permet de mieux comprendre les leviers de valeur.
  • Limites : Repose fortement sur des prévisions financières qui sont par nature incertaines, surtout pour les jeunes entreprises. Le choix du taux d'actualisation et des hypothèses de croissance à long terme peut influencer significativement le résultat. Elle demande une bonne connaissance de l'entreprise et de son environnement pour établir des prévisions pertinentes. Elle ne donne pas de valeur tangible pour un prêt bancaire remboursable sous 12 à 36 mois.

La méthode patrimoniale (ou des actifs nets)

Cette méthode valorise l'entreprise en additionnant la valeur de ses actifs en soustrayant ses dettes. Elle convient particulièrement aux entreprises dont la valeur repose principalement sur leurs actifs corporels ou incorporels tangibles, comme les entreprises industrielles, immobilières ou celles détenant des brevets significatifs. Elle est souvent utilisée en complément d'autres méthodes ou pour des entreprises dont l'activité est stable ou en déclin.

Deux approches principales existent : l'approche par l'actif net comptable et l'approche par l'actif net réévalué. La première se base sur les valeurs comptables inscrites au bilan, tandis que la seconde réévalue les actifs (par exemple, des biens immobiliers ou des stocks) à leur valeur de marché actuelle, ce qui est souvent plus réaliste. Cette méthode peut également inclure la valorisation d'actifs immatériels spécifiques mais identifiables, comme des marques fortes ou des brevets (par exemple via la méthode des redevances).

  • Avantages : Simple à comprendre et à mettre en œuvre, car elle se base sur des éléments factuels (le bilan de l'entreprise). Elle est moins sensible aux incertitudes liées aux prévisions futures. Utile pour les entreprises patrimoniales ou celles en difficulté, pour déterminer une valeur de liquidation.
  • Limites : Ne prend pas en compte le potentiel de développement futur de l'entreprise ni sa capacité à générer des profits. Elle ignore les actifs immatériels non inscrits au bilan (savoir-faire, capital humain, organisation, etc.), qui peuvent pourtant représenter une part significative de la valeur, surtout pour les entreprises de services ou technologiques. Elle peut sous-estimer la valeur d'entreprises à forte croissance.

En résumé

Il est rare qu'une seule méthode suffise à déterminer une valeur d'entreprise robuste. Il est recommandé de croiser les résultats de plusieurs approches pour affiner l'estimation et obtenir une fourchette de valeurs pertinente. Chaque méthode apporte un éclairage différent et permet de mieux appréhender la complexité et la spécificité de chaque entreprise. La valorisation demeure un processus d'estimation, non une science exacte. Investir dans des PME non cotées implique un risque de perte en capital. La liquidité de votre investissement peut être limitée, et les entreprises dans la zone CEMAC / UEMOA, utilisant le franc CFA, peuvent être exposées à un risque de change et de transfert si votre devise de référence est différente.

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